Le Zika (le virus, l’épidémiologie, la clinique, le diagnostic, le traitement, la prévention)

Mise à jour le 09/03/2017

LE VIRUS ZIKA


Le virus Zika appartient à la famille des Flaviviridae du genre Flavivirus comme ceux de la Dengue et de la Fièvre jaune. Ce virus appartient au sérocomplexe Spondweni.
C’est un virus enveloppé, à ARN simple brin de polarité positive d’environ 11 kb. Ce virus a été isolé pour la première fois d’un singe Rhésus en 1947 en Ouganda dans la forêt Zika.


Ce virus a été isolé chez l’homme en 1952 en Ouganda et Tanzanie. Les analyses phylogénétiques montrent qu’il existe deux lignages : un lignage Afrique qui se subdivise en deux sous-lignages et un lignage Asie.
Le virus Zika, a provoqué quatre grandes épidémies : en Micronésie sur l’ile de Yap en 2007, en Polynésie française en octobre 2013, en Nouvelle Calédonie en janvier 2014 et en Amérique du sud – Amérique centrale – Antilles - Caraïbes à partir de mai 2015.


Ces quatre épidémies sont dues à des souches du lignage Asie et ont eu lieu dans des zones géographiques où le virus n’avait jamais circulé, donc au sein de populations immunologiquement naïves. Il n’existe aucune donnée concernant les caractéristiques physico-chimiques et la sensibilité aux désinfectants du virus Zika. Cependant, un parallèle peut être dressé avec les données établies pour les virus de la Dengue qui appartiennent au même genre que le virus Zika.


Les virus de la Dengue sont inactivés par le phénol-guanidine isothiocyanate (TRIzol® LS) et les sels chaotropiques (AVL Buffer), réactifs utilisés pour l’extraction de l’ARN. Ils sont également sensibles aux agents suivants : hypochlorite de sodium 1% (Eau de Javel), glutaraldéhyde 2%, acide peracétique 2%, éthanol 70 %, et peroxyde d’hydrogène 3-6%. Ces virus sont sensibles à la chaleur humide (121°C au moins 15 minutes), à la chaleur sèche (160-170°C pendant 1 heure) et sont inactivés à pH3.


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L’épidémiologies des infections à virus Zika

Vecteurs, modalités de transmission, présence du virus dans les liquides biologiques

La transmission du virus Zika est presque exclusivement vectorielle mais il existe d’autres voies possibles.

Transmission vectorielle

La transmission vectorielle est réalisée par des moustiques appartenant à la famille des Culicidae et au genre Aedes (transmission sylvatique et urbaine) dont Ae. aegypti  et Ae. albopictus (transmission urbaine). D’autres espèces ont été décrites comme vecteurs secondaires et/ou sylvatiques telles que Ae. polynesiensis, Ae. africanus, Ae. luteocephalus. Le vecteur Ae. hensilli de l’île de Yap a été retrouvé compétent pour le virus Zika en laboratoire. Le virus est transmis aux arthropodes hématophages lors de leur repas sanguin. Le virus se multiplie chez le vecteur sans l'affecter et reste présent chez l'insecte durant toute sa vie. Il est transmis lors d’un repas sanguin.

 

Transmission sexuelle

  • La transmission sexuelle du virus Zika

La première observation d’une transmission sexuelle du virus Zika concerne un couple américain du Colorado en 2008. Le mari a contracté l’infection au Sénégal et a déclaré la maladie six jours après son retour. Sa femme a déclaré la maladie neuf jours après le retour de son mari. Le seul facteur de risque retrouvé est l’existence de relations sexuelles dans les jours qui ont suivi son retour et jusqu’à l’apparition de ses symptômes. Son mari a aussi eu une hématospermie quatre jours après l’apparition des signes généraux, trois jours après l’apparition de signes urinaires et pendant une durée de quatre jours. Le virus Zika n’a pas été recherché dans le sperme. Le diagnostic a été sérologique chez les deux patients. Un autre cas a été signalé en janvier 2016 au Texas chez une patiente dont le partenaire sexuel revenait d’un voyage au Venezuela. Depuis, plusieurs observations, dont une française, confirment la transmission sexuelle du virus.

  • L’excrétion de virus Zika infectieux dans le sperme

La première observation de l’existence de virus infectieux (isolement du virus sur culture cellulaire à partir du prélèvement de sperme) dans le sperme concerne un patient de Tahiti avec hématospermie, en 2013. Le patient ne présentait pas de signes urinaires et l’hématospermie est apparue deux semaines après l’épisode infectieux (céphalées, arthralgies, fébricule) de Zika présumé. Il est à noter que le patient avait présenté un épisode infectieux quasi identique 10 semaines auparavant. La PCR Zika était positive dans le sperme et dans les urines mais pas dans le sang. Les deux prélèvements de sperme faits aux 1er et 3e jours de l’hématospermie étaient positifs avec une charge virale à 7 log (vs 3 log dans les urines).

  • La durée d’excrétion du virus Zika dans le sperme

Elle débute pendant la phase préclinique si on considère que le patient du Colorado a bien infecté son épouse par voie sexuelle i.e. avant l’apparition de tout signe clinique. Elle persiste encore deux semaines après l’infection au moins chez les patients qui ont une hématospermie. La durée à considérer varie donc d’au moins 5 jours avant l’apparition des signes cliniques à au moins 18 jours après. Mais on ne connait pas sa durée maximale. Par ailleurs, l’existence de ces deux cas avec hématospermie pointe du doigt un possible réservoir génito-urinaire. Mais le différentiel de charge virale entre les deux compartiments plaide plutôt en faveur d’un réservoir génital, en cohérence avec la possible transmission sexuelle. 

 

Transmission par transfusion sanguine

Cette transmission n’a jamais été mise en évidence pour le virus Zika mais le risque ne peut être écarté. Lors de l’épidémie en Polynésie française 42 dons de sang se sont avérés positifs sur 1505 dons (soit 2,8 %). Cependant, l’analyse des résultats montre que seuls 28 dons sont positifs avec les deux tests de RT-PCR. Or les auteurs recommandent de ne définir un échantillon positif que si les résultats des deux tests sont positifs. Sur cette base, les données sur les dons de sang en Polynésie française montrent donc une prévalence de dons positifs de 1,9 %. Cette étude sur les dons de sang révèle également que 74 % des patients infectés sont asymptomatiques. Ce résultat est proche de celui de 81 % décrit pour l’épidémie du virus Zika sur l’île de Yap. La détection d’ARN viral dans le sang suggère que le virus détecté dans le sang pourrait être infectieux puisque du virus infectieux a été détecté dans trois dons sur 34 échantillons testés. Aucune donnée de charge virale dans les dons de sang n’a été publiée permettant d’évaluer la charge virale chez les sujets asymptomatiques et pendant la période d’incubation avant l’apparition des symptômes.

Transmission périnatale

Lors de l’épidémie en Polynésie française, deux cas de transmission périnatale ont été décrits. Les mamans et les enfants ont présenté des signes cliniques classiques d’infection par le virus Zika et la maladie a évolué favorablement. Le génome viral a été détecté dans le sang, les urines de la mère et du nouveau-né et aussi dans le lait maternel. Toutefois, les investigations réalisées n’ont pas permis de mettre en évidence du virus infectieux dans le lait (le virus n’a pas pu être isolé). L’infection des nouveau-nés est supposée s’être produite par voie transplacentaire ou lors de la délivrance. La transmission par le lait n’a pas été démontrée mais la question reste posée par analogie avec ce qui a été rapporté avec deux autres virus de la même famille : le virus de la Dengue et celui du West-Nile. Ces transmissions périnatales pour le virus Zika ont été sans conséquence notable pour la santé des nouveau-nés.

Présence du virus dans les liquides biologiques

En dehors du sang et du sperme, le génome viral a aussi été détecté dans la salive avec la même cinétique que celle du virus dans le sang. Il a été récemment démontré que le virus dans la salive pouvait être infectant.Enfin le génome viral a été détecté dans les urines alors que le virus n’était plus détectable dans le sang et ceci deux à trois semaines après le début des signes cliniques.


Historique des épidémies et répartition géographique

La présence du virus a d’abord été mise en évidence à l’occasion de cas sporadiques, puis lors d’épidémies ou dans le cadre d’enquêtes de séroprévalence. Sa présence a été identifiée en Afrique (Sénégal, Ouganda, Nigeria, Côte d’Ivoire, Gabon, Tanzanie, Egypte, République Centre Africaine, Sierra Leone…), en Asie (Cambodge, Inde, Indonésie, Malaisie, Pakistan, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam,) et plus récemment en Océanie, dans le Pacifique (Micronésie/Yap, Polynésie française, Nouvelle Calédonie, Iles Cook, Salomon, île de Pâques). Une épidémie, identifiée en mai 2015, sévit actuellement en Amérique du sud – Amérique centrale – Antilles - Caraïbes.

 

 

  • Epidémie sur l’île de Yap (Micronésie), 2007

Seuls 14 cas humains avaient été décrits jusqu'en 2007, année où une épidémie à virus Zika a sévit à Yap, en Micronésie. La population de l’île de Yap est de 7391 habitants (recensement de l’année 2000). Le signalement d’une épidémie de syndromes éruptifs avec conjonctivite et arthralgies, ne correspondant pas à de la Dengue, a conduit à l’identification du virus Zika, lignage Asie, comme responsable de cette épidémie. Une enquête réalisée du 1er avril au 31 juillet 2007 a associé une recherche active de cas dans les structures de santé et une étude de séroprévalence en population générale (échantillon aléatoire de 200 foyers). La recherche active a identifié 185 cas cliniquement évocateurs de Zika et documentés biologiquement (RT-PCR ou sérologie) dans 9 des 10 municipalités de Yap. L’âge médian était de 36 ans. L’enquête de séroprévalence a estimé la prévalence des patients porteurs d’anticorps dans la population générale âgée de 3 ans et plus à 73 %, IC95 [68%-77%]. La proportion de patients asymptomatiques a été estimée à 81 %. Une étude entomologique réalisée en parallèle a rapporté la présence majoritaire d’Ae. hensilli dans de nombreux gites mais le virus Zika n’a pas pu être isolé chez le moustique.

 

  • Épidémie en Polynésie française, novembre 2013 – février 2014

La Polynésie française est une collectivité d'outre-mer de la République française, composée de cinq archipels comprenant 118 îles dont 67 habitées. Sa population est de 268 270 habitants selon le recensement de 2012. Le 30 octobre 2013, alors que la Polynésie française était confrontée depuis plusieurs semaines à une épidémie de Dengue due aux sérotypes 1 et 3, les autorités sanitaires ont identifié pour la première fois une épidémie de Zika, à la suite du signalement par plusieurs médecins de syndromes éruptifs subfébriles, différents des « syndromes Dengue-like » habituels. L’épidémie qui a débuté sur les archipels de la Société, des Marquises et des Tuamotu a diffusé ensuite à l’ensemble des archipels. Elle a duré d’octobre 2013 à avril 2014. Le bilan fait état de 8750 cas cliniquement évocateurs rapportés par le réseau de médecins sentinelle conduisant à estimer à 32 000, le nombre de patients ayant consulté pour une infection attribuée au virus Zika (soit environ 11,5 % de la population). Sur 885 cas prélevés, 52 % ont été confirmés par RT-PCR. Environ 72 formes sévères à type de manifestations neurologiques graves ont été notifiées. Parmi celles-ci, 42 syndromes de Guillain-Barré ont été diagnostiqués en trois mois (contre cinq par an habituellement). Cependant, aucun décès en lien avec l’infection n’a été rapporté. Des cas d’infections à virus Zika ont été importés en Nouvelle Calédonie, sur l’ile de Pâques, au Japon, en France métropolitaine et en Norvège, à partir de l’épidémie en Polynésie française. Une transmission locale s’est ensuite développée en Nouvelle Calédonie, sur les îles Cook et sur l’île de Pâques.  

 

  • Épidémies en Nouvelle-Calédonie, 2014 et 2015

Une première épidémie à virus Zika s’est développée en Nouvelle Calédonie de janvier à août 2014, à la suite de cas importés de Polynésie française (fin novembre 2013) ; 1400 cas ont été confirmés par RT-PCR. Le virus Zika détecté appartenait au lignage Asie. En janvier 2015, une reprise de circulation du virus a été mise en évidence, la situation devenant épidémique en mai 2015. Au 12 juin 2015, 111 cas autochtones ont été confirmés biologiquement depuis janvier 2015.

 

  • Épidémie au Brésil et sur le continent américain, 2015

En mai 2015, le ministère de la santé Brésilien a informé la communauté internationale de la circulation autochtone du virus Zika dans les Etats de Bahia et Rio Grande do Norte (situés au Nord Est du Brésil). Seize cas avaient été confirmés par le laboratoire de référence Evandro Chagas (8 cas pour Bahia et 8 cas pour le Rio Grande Norte). Ces identifications faisaient suite à de nombreux signalements de fièvre éruptive émanant de sept Etats du Nord Est du Brésil : Bahia, Maranhão, Piauí, Pernambouc, Rio Grande do Norte, Sergipe et Paraíba depuis février 2015. Au 29 avril 2015, un total de 6807 cas suspects avait été rapporté. L’estimation à ce jour est de plus d’un million de cas. La souche isolée appartient au lignage Asie. A partir du Brésil, la maladie s’est étendue à de nombreux pays du continent américain. Les pays touchés par le Zika dans les 9 derniers mois, dans la zone américaine (liste en anglais), sont: Aruba, Barbados, Bolivia, Bonaire, Brazil, Colombia, Costa Rica, Curaçao, Dominican Republic, Ecuador, El Salvador, French Guiana, Guadeloupe, Guatemala, Guyana, Haiti, Honduras, Jamaica, Martinique, Mexico, Nicaragua, Panama, Paraguay, Puerto Rico, Saint Martin, Saint Vincent and the Grenadines, Suriname, Trinidad and Tobago, Venezuela, Virgin Island (US).


Les moyens de diagnostic biologique

Les moyens de diagnostic biologique restent classiques avec un diagnostic direct par détection du génome viral par RT-PCR et un diagnostic indirect par détection des anticorps.

  • Diagnostic direct, détection du génome viral par RT-PCR 

Il n’existe aujourd’hui aucun kit de diagnostic pour la détection du génome viral disposant d’un marquage CE. Il existe deux techniques décrites dans la littérature de RT-PCR en temps réel spécifiques pour le virus Zika et utilisées pour le diagnostic. La technique développée par Lanciotti nécessite de réaliser deux investigations différentes qui doivent être toutes deux positives pour confirmer la détection de génome du virus Zika. Le Centre national de référence des arbovirus (IRBA) a aussi développé un test de détection du génome du virus Zika spécifique, dont la sensibilité varie en fonction du lignage. Le système est plus sensible pour le lignage Asie que pour le lignage Afrique. Pour de nombreuses arboviroses la détection du génome viral dans les prélèvements précoces est un réel atout pour le diagnostic, de par la charge virale lors de la virémie et du fait de sa durée dans le temps. Pour le virus Zika, les données de la littérature sur le diagnostic de patients lors des épidémies récentes montrent que la virémie lors de l’infection par le virus Zika est faible en charge virale et courte. Le virus peut être détecté dans le sérum jusqu’à 3 à 5 jours après l’apparition des premiers symptômes. De même, il a été montré lors de l’épidémie de Polynésie française que le virus peut être présent dans la salive et ainsi être détecté par RT-PCR mais il n’est pas présent plus longtemps que dans le sang et la charge virale n’est pas connue. Les données les plus intéressantes pour le diagnostic direct, sont celles obtenues lors de l’épidémie de Nouvelle Calédonie montrant que le génome viral peut être détecté dans les urines, avec une charge virale plus élevée que dans le sang et une présence au moins jusqu’à 10 jours après le début des symptômes.

  • Diagnostic indirect, détection d’anticorps IgM et IgG anti-Zika 

A ce jour, il n’existe aucun kit sérologique (immunofluorescence, ELISA ou test rapide) commercialisé et disposant d’un marquage CE. La technique ELISA développée par le Centre national de référence des arbovirus (IRBA) et utilisant pour antigène du virus précipité et inactivé, permet de détecter des IgM et IgG anti-Zika. Ces anticorps peuvent présenter des réactions croisées avec d’autres anticorps dirigés contre les Flavivirus dont le virus de la Dengue. Ce problème de réaction croisée ne se pose pas avec les infections par le virus Chikungunya qui appartient à une autre famille, Togaviridae, genre Alphavirus). La spécificité des anticorps détectés par ELISA peut être déterminée par une technique de séroneutralisation, technique lourde non réalisable en diagnostic de routine. En conséquence, en cas d’émergence du virus Zika dans une zone où le virus de la Dengue est endémique, la sérologie ne pourra pas permettre de différencier une infection par le virus de la Dengue d’une infection par le virus Zika.

 

En pratique :

Critères retenus pour confirmer une infection par le virus Zika, chez l’adulte :

  • une RT-PCR Zika positive sur le sang, l’urine ou tout autre prélèvement biologique,

ou

  • une sérologie positive en IgM anti Zika et négative en IgM anti-dengue,

ou

  • la présence d’anticorps de type IgG anti-zika confirmée par séroneutralisation.

Critères retenus pour confirmer une infection d’un nouveau-né par le virus Zika au cours de la grossesse :

  • une RT-PCR Zika positive sur le sang du cordon ou le placenta, ou le sang, l’urine, le LCR ou tout autre prélèvement biologique effectué dans les deux premiers jours de vie de l’enfant,

ou

  • une sérologie positive en IgM anti Zika et négative en IgM anti-dengue sur un prélèvement réalisé au sang du cordon ou chez le nouveau-né (sang ou LCR) dans la première semaine de vie.

L’expression clinique des infections par le virus Zika

La maladie apparaît être asymptomatique dans 74 à 81 % des cas. L’étude de la séroprévalence chez les donneurs de sang pendant l’épidémie en Polynésie française a montré que 74 % des donneurs séropositifs n’avaient pas été symptomatiques. La durée d’incubation varie de 3 à 12 jours.

Les formes symptomatiques sont caractérisées par un syndrome pseudo grippal et une éruption cutanée diffuse. Dans l’expérience de l’épidémie de Polynésie française (297 cas), le principal signe clinique était un exanthème maculo-papuleux (92 %). Il avait été auparavant bien décrit, par un médecin malade, comme une éruption cutanée érythémateuse d’évolution descendante, du visage aux extrémités des membres, prédominant au tronc, et prurigineuse. Les autres signes décrits dans cette épidémie étaient: asthénie (78 %), fièvre ou plutôt fébricule (72 %), arthralgies (65 %), céphalées, possiblement rétro-orbitaires (46 %), myalgies (44 %), conjonctivite ou hyperhémie conjonctivale (63 %) et, plus tardivement œdème des extrémités (47 %).

La fièvre apparait peu élevée et transitoire. Dans l’épidémie de Yap la durée médiane de l’exanthème était de 6 jours (2-14 jours) et celle des arthralgies de 3,5 jours (1-14 jours). La persistance de douleurs articulaires est néanmoins à surveiller car elles peuvent se prolonger jusqu’à 21 jours chez un patient ainsi que rapporté dans l’étude préliminaire au Brésil. Il n’y a pas de données biologiques précises, faute d’investigation chez un grand nombre de patients. Néanmoins la leucopénie et la thrombopénie semblent absentes ce qui différencierait, dans une certaine mesure, le Zika du Chikungunya et de la Dengue. Les principaux diagnostics différentiels sont les autres causes d’exanthème fébrile, dont les principales, dans un contexte tropical, sont la Dengue, le Chikungunya et la leptospirose, auquel il faut ajouter les étiologies plus cosmopolites comme la rougeole, la mononucléose infectieuse, la rubéole et d’autres causes moins fréquentes d’exanthème.

En définitive : sont considérés comme cas suspects les sujets présentant un exanthème maculo-papuleux avec ou sans fièvre même modérée, et au moins deux signes parmi les suivants : hyperhémie conjonctivale, arthralgies, myalgies, en l’absence d’autres étiologies.


Alors que le virus Zika paraissait, lors des premières observations cliniques, relativement anodin, responsable de tableaux d’exanthèmes maculo-papuleux peu ou pas fébriles et d’évolution spontanément favorable, plusieurs types de complications sévères sont maintenant identifiées :

  • Syndromes de Guillain‑Barré (SGB).

D’abord décrits en Polynésie française avec une augmentation inhabituelle de cas : 42 cas en 16 semaines (versus 3 à 5 cas par an habituellement) dont 37 étaient consécutifs à un tableau évocateur d’infection à virus Zika, contemporains de l’épidémie de Zika de 2013-2014. Les résultats d’une étude cas-témoins menée par la Polynésie française et l’Institut Pasteur de Paris sont en faveur d’une association entre infection à virus Zika prouvée par marqueurs sérologiques et survenue de SGB. Une augmentation notable des SGB est aussi actuellement décrite au Brésil.

  • Myélite

Un cas de myélite relié au Zika a été diagnostiqué en Guadeloupe chez une adolescente de 15 ans devant un tableau clinique associant un déficit moteur des quatre membres, des douleurs intenses et une rétention aiguë d’urine.

  • Microcéphalies et anomalies du développement cérébral intra-utérin.

De façon quasi simultanée, le Brésil et la Polynésie française ont déclaré à l’OMS une augmentation importante d’anomalies du développement cérébral intra-utérin (microcéphalies au Brésil, dysfonctionnements néonataux du tronc cérébral et malformations neurologiques fœtales en Polynésie française), contemporaine de leurs épidémies de Zika.

  • Méningo-encéphalite

Un cas de méningo-encéphalite en relation avec un Zika a été rapporté chez un sujet ayant effectué une croisière dans l’Océan pacifique (Nouvelle Calédonie, Vanuatu, Iles Solomon et Nouvelle Zélande).


Le Traitement

Il n’existe pas de traitement spécifique ou de vaccin actifs sur les virus Zika. Le traitement est symptomatique, antalgique sans recours aux anti-inflammatoires tant qu’une Dengue n’a pas été éliminée puisqu’une circulation concomitante des deux virus dans un même territoire est possible. Il n’y a pas de spécificité thérapeutique pour l’enfant, les personnes âgées ou la femme enceinte chez lesquels le traitement sera symptomatique.


 

La Prévention

La prévention individuelle vise à empêcher, d’une part, la transmission du virus par les moustiques et, d’autre part, sa transmission par voie sexuelle.

La prévention est adaptée en fonction des situations rencontrées.

Recommandations pour les personnes qui envisagent un voyage dans une zone où circule le virus ZIKA (alors qu’elles vivent dans une zone indemne de virus Zika) 

Les femmes enceintes

Les démarches proposées sont différentes selon qu’il existe un risque élevé ou faible (cas sporadiques). Pour le savoir consultez la fiche pays sur la page cliquez ici

A. Les voyages sont déconseillés en cas de risque élevé. Si le voyage ne peut être reporté, les recommandations sont celles exposées ci-dessous.

B. Si le risque est faible, les recommandations sont :

  • de consulter un médecin ou une sage-femme afin d’être informées sur :

    • les modes de transmission du virus Zika ;
    • les embryofoetopathies et autres complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika.

  • si elles voyagent:

    • d’appliquer les mesures de prévention adaptées à leur situation notamment les mesures de lutte antivectorielle péri-domiciliaire et de protection personnelle antivectorielle ;
    • d’éviter :
      • tout rapport sexuel non protégé pendant le voyage ;
      • à leur retour et pendant la durée de la grossesse, tout rapport sexuel non protégé avec un homme infecté ou ayant pu être infecté par le virus Zika ;
    • de consulter un médecin en cas de signes cliniques évocateurs d’une infection Zika, pendant le voyage ou au retour pour bilan clinique et biologique ;
    • de réaliser 28 jours après leur retour un dépistage sérologique d’infection par le virus Zika comprenant notamment une recherche des anticorps anti-Zika de type IgG et IgM avec, en cas de positivité des IgG, un test de séroneutralisation Zika. En cas de test positif ou douteux la conduite à tenir comprend notamment :
      • une surveillance échographique aux dates suivantes : 12 SA, 22-24 SA, 26-28 SA, 32 SA ;
      • à l’accouchement :
        • - chez la mère un examen sérologique systématique et une recherche virale par RT-PCR si existent des signes évocateurs d’une infection aigue. En cas de réaction sérologique positive ou douteuse les sérums conservés en sérothèque (sérums gardés pour d’autres raisons qu’un diagnostic biologique de Zika) pourront être utilisés pour une datation de l’infection par rapport au début de grossesse ;
        • - chez l’enfant, sur sang du cordon, une recherche des anticorps de type IgM et du génome viral par RT-PCR ;
        • - sur le placenta une recherche virale par RT-PCR ;
      • le suivi du nouveau-né et du nourrisson se fera selon les recommandations figurant dans l’avis du HCSP 21 mars 2016. cliquez ici

Les femmes ayant un projet de grossesse

Pour les femmes ayant un projet de grossesse et qui envisagent un voyage dans une zone où circule le virus ZIKA (alors qu’elles vivent dans une zone indemne de virus Zika) les recommandations sont :

  • de consulter un médecin ou une sage-femme afin d’être informées sur :

    • les modes de transmission du virus Zika ;
    • les embryofoetopathies et autres complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika.

  • de reporter leur projet de grossesse à leur retour de voyage ;

  • d'appliquer pendant la durée de leur voyage :

    • les mesures de prévention adaptées à leur situation notamment les mesures de lutte antivectorielle péri-domiciliaire et de protection personnelle antivectorielle ;
    • une méthode contraceptive et d’éviter tout rapport sexuel non protégé ;.

  • de consulter un praticien en cas de signes cliniques évocateurs d’une infection Zika, pendant le voyage ou au retour pour un bilan clinique et biologique (anticorps Zika IgM et IgG et séroneutralisation éventuelle) ;
  • à leur retour, de reporter leur projet de grossesse jusqu’à la certitude que leur partenaire n’est pas infectant (voir le paragraphe suivant). Dans l’attente de cette confirmation les femmes ayant un projet de grossesse devront éviter tout rapport sexuel non protégé avec un homme infecté ou ayant pu être infecté par le virus Zika ;
  • de réaliser 4 semaines après le retour un test sérologique à la recherche d’une infection Zika. Le même examen sera réalisé chez son partenaire si celui-ci a voyagé avec elle ou indépendamment d’elle dans une zone de transmission du virus Zika . Si l’examen est positif ou douteux chez son partenaire, un examen du sperme sera réalisé pour la recherche du virus Zika, par RT-PCR. Si les résultats sérologiques du partenaire ou ceux de l’examen de sperme sont négatifs, le projet d’enfant et la grossesse ne feront pas l’objet d’un suivi particulier.

Recommandations pour les personnes vivant dans des zones de transmission du virus Zika, notamment dans les Territoires Français d’Amérique 

Les femmes enceintes

Le but des démarches proposées est de réduire le risque de survenue d’embryofoetopathies et de les diagnostiquer dans les meilleurs délais en cas d’infection acquise pendant la grossesse.

A. Pour les femmes chez lesquelles une infection Zika a été confirmée avant la grossesse, elles sont considérées protégées d’une infection Zika pendant la grossesse. Le suivi de grossesse sera standard avec notamment un suivi échographique à 12 SA, 22 SA et 32 SA sans suivi sérologique Zika.

B. Pour toutes les femmes actuellement enceintes, chez lesquelles une infection Zika n’a pas été confirmée avant la grossesse, les recommandations sont :

  • de consulter un médecin ou une sage-femme afin d’être informées sur :

    • les modes de transmission du virus Zika ;
    • les embryofoetopathies et autres complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika.

  • d’appliquer les mesures de prévention adaptées à leur situation notamment les mesures de lutte antivectorielle péri-domiciliaire et de protection personnelle antivectorielle ;
  • d’éviter, pendant la durée de la grossesse, tout rapport sexuel non protégé avec un homme infecté ou ayant pu être infecté par le virus Zika ;
  • de consulter un médecin en cas de signes cliniques évocateurs d’une infection Zika pour bilan clinique et biologique comprenant notamment une recherche des anticorps anti-Zika de type IgM et IgG avec, en cas de positivité des IgG, un test de séroneutralisation ;

  • de bénéficier d’un suivi. Une stratégie préférentielle est présentée ci-dessous si les besoins en tests de séroneutralisation peuvent être couverts avec des résultats rendus dans des délais raisonnables. Dans le cas contraire, une procédure dégradée pourra être réalisée en attendant une mise à disposition suffisante des tests de séroneutralisation.

    • Stratégie préférentielle:
      • le plus tôt possible, un examen sérologique comprenant notamment une recherche des anticorps anti-Zika de type IgG et IgM avec, en cas de positivité des IgG, un test de séroneutralisation ;
      • un suivi sérologique trimestriel pour les femmes séronégatives ;
      • une surveillance échographique aux dates suivantes : 12 SA, 22-24 SA, 26-28 SA, 32 SA ;
      • à l'accouchement:
        • - chez la mère un examen sérologique systématique et une recherche virale par RT-PCR si existent des signes évocateurs d’une infection aigue ;
        • - chez l’enfant, sur sang du cordon, une recherche des anticorps de type IgM et du génome viral par RT-PCR ;
        • - sur le placenta une recherche virale par RT-PCR ;
      • le suivi du nouveau-né et du nourrisson se fera selon les recommandations figurant dans l’avis du HCSP 21 mars 2016. cliquez ici

     

    • Procédure dégradée :
      • une surveillance échographique aux dates suivantes : 12 SA, 22-24 SA, 26-28 SA, 32 SA ;
      • à l'accouchement:
        • - chez la mère un examen sérologique systématique et une recherche virale par RT-PCR si existent des signes évocateurs d’une infection aigue. En cas de réaction sérologique positive ou douteuse les sérums conservés en sérothèque (sérums gardés pour d’autres raisons qu’un diagnostic biologique de Zika) pourront être utilisés pour une datation de l’infection par rapport au début de grossesse ;
        • - chez l’enfant, sur sang du cordon, une recherche des anticorps de type IgM et du génome viral par RT-PCR ;
        • - sur le placenta une recherche virale par RT-PCR ;
      • le suivi du nouveau-né et du nourrisson se fera selon les recommandations figurant dans l’avis du HCSP 21 mars 2016. cliquez ici

Les couples ayant un projet d'enfant

Les démarches proposées prennent en compte le fait que les deux partenaires restent constamment soumis au risque d’infection et que la répétition des tests biologiques de diagnostic Zika n’est pas justifiée.

Pour les couples ayant un projet d’enfant, les recommandations sont :

  • de consulter un médecin ou une sage-femme afin d’être informées sur :

    • les modes de transmission du virus Zika ;
    • les embryofoetopathies et autres complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika.

  • pour ceux qui ignorent s’ils ont été infectés par le virus Zika précédemment, un contrôle biologique (recherche d’anticorps, mise en évidence du virus par RT-PCR) n’est pas justifié car les deux partenaires restent constamment soumis au risque d’infection, même s’il est actuellement plus faible. La recommandation portera donc pour l’essentiel sur l’application des mesures de prévention adaptées à leur situation, notamment les mesures de lutte antivectorielle péri-domiciliaire et de protection personnelle antivectorielle ;
  • pour ceux dont le partenaire masculin a été infecté depuis moins de 6 mois, de rechercher par RT-PCR du génome viral dans le sperme. L’absence de virus dans le sperme est vérifiée par deux examens RT-PCR, pratiqués à au moins une semaine d’intervalle après une période d’abstinence de 4 à 5 jours. En cas de test positif, les examens sont répétés après un délai d’au moins 1 mois. Dans l’attente de la confirmation de l’absence de virus dans le sperme, les femmes ayant un projet de grossesse devront utiliser une méthode contraceptive et éviter tout rapport sexuel non protégé ;
  • pour ceux dont la partenaire a déjà été infectée, il n’y a pas de recommandation spécifique car la femme est considérée protégée d’une infection Zika ultérieure ;
  • pour tous les couples, de consulter un médecin en cas de signes cliniques évocateurs d’une infection Zika afin de réaliser un bilan clinique et biologique.

Cas particuliers de l’assistance médicale à la procréation, de la préservation de la fertilité et du don de gamètes 

Pour les personnes concernées par l’assistance médicale à la procréation (AMP) par insémination artificielle, fécondation in vitro ou transfert d’embryons congelés, ainsi que pour celles qui sont concernées par la préservation de la fertilité et le don de gamètes, il est conseillé de suivre les recommandations de l’Agence de la biomédecine.