Cancer du poumon : comprendre et anticiper la maladie

 

Mise à jour : 2019

Avec 49 000 nouveaux cas estimés en 2017, le cancer du poumon est le 4e cancer le plus fréquent en France et le plus mortel. La proportion de femmes atteintes est en forte progression avec près de 17 000 nouveaux cas en 2017 et stagne chez l’homme avec plus de 32 000 cas. Le facteur de risque principal du cancer bronchopulmonaire ou cancer bronchique est le tabagisme. Au cœur de la lutte contre le cancer à l’Institut Pasteur de Lille, l’équipe de recherche Signalisation, apoptose et cancer du Dr David Tulasne s’active sans relâche pour investiguer, décrypter, imaginer de nouvelles pistes de traitements pour ce cancer. Découvrez les travaux menés contre le cancer du poumon afin de permettre à chacun de vivre plus longtemps.

Dossier cancer du poumon

Un cancer particulièrement agressif

En 2017, près de 31 000 patients sont décédés du cancer du poumon en France. Ce cancer, particulièrement menaçant, peut facilement se propager dans le reste du corps. En effet, tout le sang passe par les poumons pour être oxygéné, et les poumons sont en contact étroit avec plusieurs vaisseaux sanguins et lymphatiques. Le cancer du poumon est d’autant plus grave qu’il est souvent découvert tardivement.

Le cancer du poumon est un fléau ayant un fort impact sur la longévité, c’est donc naturellement que l’Institut Pasteur de Lille, centre de référence sur la longévité, s’est emparé de la question. “Cela nous donne une responsabilité supplémentaire. Nous devons garantir un effort de recherche” explique le Pr Alexis Cortot, pneumo-oncologue au CHU de Lille, collaborateur de l’équipe Signalisation, apoptose et cancer du Dr David Tulasne à l’Institut Pasteur de Lille. Selon le type de cancer du poumon (à petites cellules ou non), l’arsenal thérapeutique est composé de chirurgie, de radiothérapies, de chimiothérapies classiques, d’immunothérapie ou encore de thérapies ciblées, pouvant être utilisées seules ou en association. Les chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille luttent au quotidien afin de comprendre et de concevoir des traitements contre le cancer du poumon. Il est désormais possible de détecter des anomalies présentes au niveau des cellules cancéreuses et de mettre au point des traitements les ciblant précisément. Appelés thérapies ciblées, ces médicaments ne détruisent que les cellules malades et épargnent au maximum les cellules saines, contrairement à la chimiothérapie classique. Lors de la découverte d’un cancer du poumon, les médecins tentent d’identifier le “talon d’Achille”, c’est-à-dire l’anomalie génétique à la source du cancer, pour administrer un traitement capable de le cibler.

Comprendre et anticiper pour mieux guérir le cancer du poumon

L’équipe de recherche “Signalisation, apoptose et cancer” du Dr David Tulasne, travaille principalement sur les récepteurs à activité tyrosine kinase. En effet, ces récepteurs souvent impliqués dans les cancers sont visés par de nombreuses thérapies ciblées. L’équipe travaille notamment sur le récepteur MET et tente de constituer une cartographie de ces mutations dans les cancers pour mettre au point de futurs traitements ciblés. “Comprendre l’ensemble de leurs mécanismes nous permet d’émettre de nouvelles hypothèses et d’anticiper, ou tout du moins, d’avoir une plus grande réactivité” explique le chercheur.

Anticiper les résistances

Sous thérapie ciblée, certaines résistances peuvent se mettre en place. On parle alors d’échec thérapeutique. L’équipe modélise les résistances aux thérapies ciblées afin de mieux les comprendre et les anticiper. Il s’agit, d’une part, de découvrir des mécanismes de résistance encore inconnus et d’autre part, de “connaitre l’ensemble des possibilités de résistance pour mettre au point des combinaisons de traitements. La tumeur s’adapte, la recherche aussi. C’est à nous de gagner la course” explique le Dr David Tulasne.

Diagnostiquer les mutations

Récemment, l’équipe a mis au point un diagnostic poussé, grâce au séquençage ADN nouvelle génération, permettant d’identifier les patients porteurs d’une mutation MET et ainsi de pouvoir leur proposer un traitement adapté. Grâce à ce diagnostic, le taux de détection est passé de 0.3 % à 2.2 %. Aujourd’hui, les essais cliniques sont encourageants et font naître un espoir thérapeutique fort. En effet, ces thérapies ciblées apportent une qualité de vie nettement meilleure pour les patients souffrant de ce cancer douloureux. L’espérance de vie est prolongée et les traitements, moins invasifs, sont mieux supportés. “La recherche translationnelle apporte un dialogue et des interactions fortes entre chercheurs et cliniciens et cela est une vraie plus-value. Ceci facilite les recherches, c’est la clé.” explique le Pr Alexis Cortot. Les thérapies ciblées, tout comme l’immunothérapie, représentent un véritable espoir pour transformer radicalement le traitement du cancer du poumon et mettre au point une nouvelle génération de traitement ciblé, personnalisé en fonction de chaque tumeur et surtout de chaque patient. Cette médecine de précision ne pourrait voir le jour sans la recherche fondamentale et sans le soutien des donateurs afin de proposer des stratégies thérapeutiques efficaces pour moins d’effets secondaires mais aussi mieux identifier les patients qui pourraient en bénéficier. Lutter contre ce cancer et ses spécificités, c’est tout faire pour permettre à chacun de vivre mieux plus longtemps.

Les autres formes de recherche sur le cancer

Comprendre l'angiogenèse

L’équipe du docteur Fabrice Soncin travaille sur l’angiogenèse, c’est à dire le processus de croissance de nouveaux vaisseaux sanguins à partir de vaisseaux existants. Lorsqu’une tumeur se développe et atteint une certaine taille, elle ne peut plus se nourrir, elle produit alors un dialogue avec les vaisseaux adjacents. Les vaisseaux sont alors impliqués dans la croissance de tumeurs malignes et dans le développement des métastases. Les chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille travaillent à supprimer la vascularisation tumorale, ce qui pourrait aboutir à l’élimination du cancer.

Comprendre comment une cellule devient cancéreuse

L’équipe du docteur Dominique Leprince mène des recherches sur le gène suppresseur de tumeur HIC1. Ce gène est impliqué dans la réponse aux dommages de l’ADN. Des cellules se transforment régulièrement suite à des attaques physiques ou chimiques qui vont casser l’ADN. La cellule peut alors réparer ces cassures, mais des erreurs peuvent être faites. Ces modifications peuvent alors créer des mutations qui peuvent avoir un rôle sur le développement d’une tumeur. Cette recherche fondamentale a pour but de mieux comprendre le mécanisme de fonctionnement de HIC1 et comment son extinction aboutit au développement d’une tumeur.

Comprendre le fonctionnement des métastases osseuses du cancer de la prostate

Le cancer de la prostate est un cancer bien diagnostiqué et soigné, avec une évolution relativement lente. Cependant, des métastases peuvent survenir par la suite, une ” survenue sournoise “, puisqu’aucun marqueur ne permet de la prévenir. Une fois les métastases présentes, le cancer est incurable, ce qui représente aujourd’hui 20% des cas. Lorsque l’on sait que ce sont les métastases qui sont responsables de la mortalité, il est essentiel d’améliorer leur diagnostic. L’équipe du docteur Duterque-Coquillaud travaille à détecter les métastases plus tôt, afin d’augmenter les chances de survie. Trouver une signature moléculaire, sorte de carte d’identité des métastases, va permettre de mettre au point un marqueur peu invasif rendant possible un diagnostic précoce par une simple analyse de sang ou d’urine.

Comprendre le lien entre sénescence et cellules cancéreuses

L’équipe du professeur Abbadie, au sein de l’Institut Pasteur de Lille, cherche à savoir s’il existe un lien entre les mécanismes initiaux de cancer et la sénescence cellulaire qui correspond au vieillissement naturel des cellules dans les tissus de l’organisme, au cours duquel les cellules ne se divisent plus. L’équipe cherche à comprendre la manière dont les cellules entrent en sénescence, un état dans lequel les cellules ne prolifèrent plus, ce qui pourrait prévenir l’apparition des cancers, mais qui en parallèle est associé à des dommages à l’ADN, qui pourraient au contraire générer des mutations et être propices à l’apparition de cancers.

Comprendre les effets des molécules anticancéreuses

Immune InsighT, biotech spécialisée dans l’immuno-régulation en cancérologie a vu le jour, sur le campus de l’Institut Pasteur de Lille, en 2016. Portée par les docteurs Nadira Delhem et Olivier Moralès et dirigée par Hamza Aboussemdai, Immune InsighT propose des prestations uniques à l’échelle internationale. Beaucoup de nouveaux candidats-médicaments sont arrêtés en phase clinique, car ils ont des effets délétères sur le système immunitaire. L’équipe soutenue par l’Institut Pasteur de Lille propose alors des tests mettant en évidence les potentiels effets qu’auraient ces molécules anticancéreuses en bien ou en mal. Cette technique permet de prévenir de façon fiable et rapide les effets indésirables d’un nouveau candidat-médicament et ainsi d’anticiper l’échec d’un essai clinique long et coûteux.

Une innovation face à la récidive du cancer du poumon

Une expérimentation-pilote de douze mois va démarrer à Lille : tester une application pour lutter contre la récidive du cancer du poumon. A partir du 31 janvier 2019, 25 patients soignés d’un cancer du poumon au CHU de Lille prendront part à une expérimentation, le programme Vigilung. Le cancer du poumon est l’une des pathologies les plus compliquées à traiter, dans la mesure où le taux de rechute est très élevé. Vigilung est une application à laquelle les patients accèdent par leur smartphone. Chaque semaine, ils répondront à un questionnaire simple portant sur leur forme. En fonction de leurs réponses, une alerte est envoyée à l’hôpital et un échange se met en place avec le malade. Si besoin, une prise en charge du patient est engagée. Arnaud Scherpereel, chef du service oncologie pulmonaire se veut optimiste sur cette initiative : “les études menées jusqu’à présent à plus petite échelle semblent confirmer un vrai gain pour l’espérance de vie. On passe de 12 à 19 mois pour les patients suivis de cette façon, c’est tout de même très significatif ! 75% des rechutes sont symptomatiques, c’est-à-dire qu’elles peuvent être repérées. Pris en charge en amont, le patient est aussi dans un état de santé qui lui permet de recevoir une plus grande palette de soins”.

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